31.01.2008
Un jour
Un matin, je suis sortie de chez moi. J'allais refermer la porte de verre poli quand j'ai décidé de le faire un peu plus lentement que d'habitude. C'était l'époque où j'avais encore des horaires de travail commun à des millions de salariés.
Le matin j'assistais à ce bal. Les gens qui passent à la même heure, allant au même endroit.
Je savais si j'étais à l'heure, en fonction de ces inconnus réguliers que je croisais.
Tiens, c'est la dame qui va à l'école : "ou la la je la croise beaucoup plus loin d'habitude. Minnnce mon bus". Je cours.
Ce matin là, je pris le temps de la pause.
Rien n'avait changé dans le quotidien de ces gens pressés. Ils allaient et venaient avec la même mine joviale ou blasée.
Mon quotidien, lui avait irrémédiablement changé.
Pour la première fois, je venais de perdre un proche qui avait partagé 25 ans de ma vie. Il s'était éteint au creu d'un cancer dans une clinique du sud de la France. Ma vie ne serait définitivement plus la même.
Il était partie en mentant, en disant au personnel soignant que j'étais sa fille.
C'était la première fois que j'entendais un aussi joli mensonge.
Nous nous étions tant combattu avec des différences, des convictions, des peurs vicérales et la même personne que nous aimions passionnément : ma mère. Avec lui j'avais trouvé le courage de dire les mots que j'avais dans le ventre, dire tout le paradoxe de détester et d'aimer à la fois. J'avais eu la chance d'éprouver l'envie de le faire avant que son corps ne le détruise. J'ai dû apprendre à aider une personne qui part. A accepter que putain c'est insurmontable de se sentir si démunie quand l'autre à mal. A accepter que dans ces moments là, sa souffrance on la tait pour puiser toute l'énergie que l'on a, pour pouvoir la restituer à l'autre.
Et puis un matin, on vous appelle. Vous savez très bien pourquoi on vous appelle.
Pourtant vous niez. Quand ma mère m'a appelé, je lui ai dis "pourquoi tu m'appelles ?".
J'aurai voulu tant d'autres mots dans ma bouche. Mais ce matin là, je ne voulais pas entendre les siens.
Pour ne pas que ces trois syllabes claquent dans ma cuisine : "c'est fini".
Alors ce matin, là quelques jours après l'enterrement, quelques jours après le Sud.
Je me suis posée là devant ma porte en verre poli, à comprendre que le changement de ma vie n'affectait pas celle des autres.
Et qu'alors il fallait continuer, autrement ...
EDIT : cette situation je l'ai connue il y a quelques années maintenant.
11:40 | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : faire le deuil, mort |
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Commentaires
Écrit par : Dom | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : TheCélinette | 31.01.2008
Répondre à ce commentairePas de commentaire ; je te fais confiance pour te débrouiller avec cette porte.
Écrit par : Amaury | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : TheCélinette | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireCes choses aident à grandir, mais putain ce que c'est douloureux de grandir dans ces conditions.
Écrit par : Vinz | 31.01.2008
Répondre à ce commentairePour une fois, je ne ferais pas de blague...
Écrit par : Xia AKA Hisaux | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireIl y a ce moment insupportable, cette première "phase" du deuil, où, après le départ de celui qu'on a tenté de soutenir, la souffrance retrouve la parole, alors que l'énergie n'est pas encore de retour...
Tes mots, simples et respectueux, me touchent beaucoup...
Écrit par : zamomi | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireEt que ne se réjouit-on d'une naissance?
Écrit par : Davidounet | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireC'est vrai que ton texte est émouvant par ses résonnances.
Écrit par : Dom | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mamancelib | 31.01.2008
Répondre à ce commentaire@ Xia : c'est la première fois que je te sens ému.
@ Zamomi : ton commentaire me touche beaucoup aussi ...
@ Davidounet : c'est touchant ta remarque.
@ Dom : merci
Écrit par : TheCélinette | 31.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Xia AKA Hisaux | 31.01.2008
Répondre à ce commentairela beauté et la sincérité ne sont pas si courant que ça :)
Écrit par : sarita | 01.02.2008
Répondre à ce commentaireJ'imagine bien que ça te gêne ;)
@ Sarita :
Ca m'est sorti du coeur ...
Écrit par : TheCélinette | 01.02.2008
Répondre à ce commentairesais plus quoi dire là...
Écrit par : pierre | 01.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dom | 01.02.2008
Répondre à ce commentaireAprès avoir lu ton texte émouvant, je te propose d'aller voir le diaporama qui suit.
C'est un court et grand prélude de philosophie qui rappelle qu'il est des vérités de la vie que l'on a tendance à oublier et à négliger, et qu'il est bon de méditer et reméditer sans cesse. Garde ce diaporama pour le regarder à chaque fois qu'il te sera nécessaire de te rappeler quelles sont les choses importantes de la vie.
Bises
PaP
http://poilauxpattes.free.fr/a_mediter.pps
Écrit par : poilauxpattes | 01.02.2008
Répondre à ce commentaireMoi non plus je ne sais pas quoi dire ....
@ Dom :
Merci pour cette info criante de vérité.
Xia il achète mes pets sur Facebook. Mais maintenant je suis trop chère pour lui :) Le cours de la Célinette a grimpé ;)
@ PoilAuxPattes :
Merci pour ce beau diaporama :)
Écrit par : TheCélinette | 02.02.2008
Répondre à ce commentaireComme c'est tendancieux...
Dom, Céline, je vais vous racheter, JE VOUS ACHETERAI TOUTESSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS
Écrit par : Xia AKA Hisaux | 02.02.2008
Répondre à ce commentaireMes puppies c'est mieux ;)
Écrit par : TheCélinette | 02.02.2008
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