17.11.2009
Le truculent John Waters
Ici pas de papotages sur une avant première, sur un enième film sur la fin du monde, juste une envie de vous parler d'un film qui a rythmé mes années collèges : Cry Baby, du terrible John Waters.
John Waters ? Who's that guy ?
Si vous êtes amateur de bon goût, fuyez cet homme dont le passage dans une école catholique n'a fait que renforcer son anti-conformisme pour l'acheminer vers un cinéma underground résolument trash.
Ses acteurs ? Comment ne pas citer Divine (Glenn Milstead), un bien heureux travesti qui réalisa la belle performance de se violer lui-même (remarquez comme on est jamais aussi bien servi que par soi-même moi j'dis il a peut-être pas tout à fait tort).
Sa ville fétiche ? Baltimore. Il la décrit en ces termes « À Baltimore aujourd'hui - le maire va me reprocher de ne pas faire un portrait flatteur - toutes les classes moyennes sont parties. Il ne reste que des pauvres, Blancs et Noirs et des riches. Les bars sont sympas mais mieux vaut éviter de traîner dans la rue. À Baltimore, les gens ont beaucoup d'humour. Ils se croient normaux, mais ils sont complètement barrés. Ils refusent de quitter la ville et ne comprennent pas ceux qui le font. Mais ce qui les fait rire, c'est en général ce qui choque n'importe qui d'autre. Les gens sont tous obèses, c'est la capitale de la mayonnaise. On a de chouettes fripperies, de chouettes bars. On excelle dans tout ce qui est minable. Le chic, un peu moins. Le seul truc chic de Baltimore, ce sont des éleveurs de purs-sangs dans leurs superbes cottages. J'ai grandi à Baltimore en vouant un culte à tout ce que la ville tentait de cacher. Dans mes films, je disais du bien de ce que les gens détestaient ».
Ses films ça donne quoi ?
Il obtient sa remomée grâce à Polyester (1981) premier film en odoramat (les mésaventures et la descente aux enfers de Francine, mère d'une famille atypique : un mari pornographe qui la méprise et la trompe, un fils fétichiste de pieds et de chaussures, et une fille extravertie qui tombe enceinte ...).
Hairspray (1988) annonce un tournant "grand public". Ce film met l'accent à la fois contre les discriminations physiques dont sont victimes les femmes en surpoids, et contre la ségrégation raciale.
J'avais pour ma part beaucoup aimé Serial Mother (1994) une mère apparemment de bonne famille mais avec des élans de psychopathie sévère dès qu'on la contrarie.
Cry baby : Oh when the rain drops start to fall, tears fall from my eyes.Then my heart starts to fall, don't you realize, oh realize!
Mais c'est sur Cry Baby que j'aimerai faire un focus. Il a été présenté en hors compétition au festival de Cannes en 1990, l'année où David Lynch reportait la palme d'or pour Wild at Heart (Sailor & Lula). Le casting, ressemble à son auteur, décalé et hétéroclite :
- Johnny Depp : qui sortant de la série 21 jump Street révélait déjà que sa carrière n'allait pas être celle que l'on pensait.
- Iggy Pop : rocker déjanté que l'on ne présente plus.
- Traci Lords : son histoire personnelle ne pouvait que ravir John Waters : née de mère russe et de père juif ukrainien, elle reçoit une éducation conservatrice et religieuse et chante tous les dimanches dans le chœur de l’église, pour finalement vers l'âge de 16 ans se destiner à une carrière pornographique. Elle fut l'une des actrices pornos les mieux payées et surtout la première a imposer ses conditions de tournage (horaires et refus de certaines pratiques). Une de ses collègues dira d'elle « cette fille en savait plus sur le sexe que toute l’industrie du porno réunie. »
- Patricia Hearst : petite fille d'un des magnat de la presse américaine, elle fut enlevée en 1974 par l'armée de libération symbionaise (déjà le choix du nom du groupuscule est alarmant, mayonnaise aurait certainement été plus convaincant non ?) groupuscule voulant rétablir l'équilibre riche-pauvre. Ils la maltraitèrent et l'entraînèrent dans des hold-hup etc,.. Patty Hearst est souvent citée comme un exemple probant du syndrôme de Stockholm, car il a été difficile de savoir, in fine si elle avait participé de gré ou de force à certaines des actions du groupe. Elle a fait 2 ans de prison. Pour l'anecdote, son histoire inspira à Michel Berger l'opéra rock Starmania.
Ce film qui étant déjà à sa sortie résolument kitch n'a donc pas pris une ride. Impossible pour moi de le regarder sans chanter à tue-tête et sans en décortiquer la moindre scène.
Voici l'introduction du film, comme tous les films de John Waters, l'action de Cry Baby se déroule à Baltimore (ici dans les années 50). Cette intro sert de générique, présente les différents personnages clés, et plante le début de l'intrigue : que fait une jeune catholique bien élevée quand elle croise Johnny Depp ? Elle réalise que Dieu existe et a envie de crier "mais sortez-moi de cette jupe !!!"
Voici une de mes scène préférée du film, illustrée par la chanson "please Mr Jailer"
Ce film est absolument à voir en V.O.
Enjoy :)
16:58 Publié dans 05. Art & Co | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cry baby, john waters, johnny depp, traci lords, iggy pop |
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